Notice - Virginie Barré


 
Active à partir du milieu des années 1990, Virginie Barré détonne par sa maîtrise de la mise en scène. La jeune artiste conçoit alors des installations comparables à des « arrêts sur image », où des mannequins factices laissent supposer d’improbables scénarios : effractions, assassinats (Pulp, 1998 ; Help Agence Jestin Robert, 2000) et étranges réunions costumées (Les Gras, 2004) semblent avoir eu lieu il y a un instant à peine, voire être encore en cours. Les spectateurs et spectatrices sont pris·e·s à témoin de ces mystérieux drames en suspens, où la mort et l’effroi tutoient le grotesque. Ses mannequins, dont les attitudes théâtrales l’emportent sur le souci d’un hyperréalisme, font parfois les frais d’une ironie mordante (Fat Spiderman, 2002 ; Fat Bat, 2005). Longtemps perçu dans le sillage de l’appropriationnisme, l’univers de V. Barré est structuré par sa cinéphilie – au rang de ses grandes influences figurent la nouvelle vague, Brian De Palma, Michelangelo Antonioni, Stanley Kubrick, Federico Fellini, Martin Scorsese, mais aussi l’animation japonaise de Hayao Miyazaki – et marqué par son goût pour la bande dessinée. Elle-même crée des planches dès les années 2000, faisant parfois se rencontrer plusieurs personnages empruntés au réel comme à la fiction. Des techniques cinématographiques se retrouvent précisément dans ses œuvres graphiques en noir et blanc, à la ligne claire. Les hors-champs, contre-champs et ellipses règnent. Il en va ainsi dans une série fondée sur la rencontre entre des réalisations et des protagonistes strictement contemporains, par-delà les éloignements géographiques et culturels (Warriors Apsaroke & maison de maître du Bauhaus, Walter Gropius, 1925-1926, 2006). Elle transpose également dans ses dessins des extraits de story-boards ou des photographies de tournage, révélant par exemple des moments d’intimité partagés entre une actrice et son fils. La femme – artiste, actrice et mère – de même que l’enfant et son imaginaire sont de fait des passagers familiers de son art. (...)

Marie Chênel - 2019 © Archives of Women Artists, Research and Exhibitions

Virginie Barré sur le site d’AWARE


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